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Samedi 27 octobre 2007
Plus fort que lui... C'était la nuit dernière. Au programme de ce sommeil, voyage dans le temps, dans une ville indéfinie, aux décors indécis, balade... avec Philippe Sollers (les rêves ont leur raison que la raison ignore). Et nous cheminions de rues en rues, lui très aimable, moi très bavarde (c'est un rêve je vous dis), la conversation tendant évidemment vers sa vie (Sollers tout de même). Visiblement, je l'avais rejoint dans le passé pour lui parler de ses à venir. Je lui disais qu'il écrirait tel et tel livre, ce qui le faisait sourire un peu moqueur comme si je ne lui apprenais rien, faisant le surpris un peu parfois. Le rêve se déroulait dans une atmosphère très agréable, imprégnant mon petit cerveau alangui de sommeil d'un jenesaisquoi d'irrésistible, ce qui fait qu'au réveil (je me souviens très rarement de mes rêves), j'ai bondi de mon lit, me suis jetée sur mon ordinateur pour voir la date de sortie du vrai roman. La machine m'appris que le livre était sorti la veille. Mince ! Poussée par je ne sais quelle force, je me suis précipitée dès que possible dans la première librairie susceptible de vendre le livre (le matin, j'étais passée au Carrefour de ma ville mais on n'y vendait (fort bien d'ailleurs) que du Harry Potter), ne le voyant pas parmi ceux exposés sur les tables, je demande "le dernier Sollers", devant la tête en point d'interrogation du vendeur, je précise "Un vrai roman". "Ah oui, il est encore dans les cartons, on l'a reçu hier", et le jeune libraire de fouiller dans divers cartons, soulevant des piles de livres, ne trouvant pas, demande à un collègue. "Si si on en a reçu un exemplaire"... Re-cherche. Trouve pas. "Dans l'autre carton, c'est chez Plon", indique l'autre. Ben oui, c'est chez Plon, s'il m'avait demandé, je le lui aurais dit. Arrière boutique. Bingo ! sourire du jeune homme revenant le livre dans la main. Merci. Je m'en empare, je le paie, je m'en vais. Au revoir. Sortant de la boutique, une petite voix émerge au fond d'un moi libéré : "tu n'avais pas dit que tu n'achèterais plus de livre de Sollers à l'aveuglette ?"  ...
Tout de même, faire sa promo dans mon rêve, 'l est sacrément fort, le Sollers. Exit toutes les radios, les newsletters, les journaux et autres supports à blabla, voici l'heure du rêve-média.
par vy publié dans : traces
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Mercredi 17 octobre 2007
Complot, c'est un complot, un complot complice. Ces deux livres coup sur coup lus donnent des clés pour remonter quelque part dans mon arrière pays. Avant les territoires, avant Jodhra, avant maintenant. Avant l'idée était l'histoire. Faisons simple. Volodine parle de "l'eau noire" dans Nuit blanche en Balkhyrie, Fleischer parle de la femme noyée (dont il parlait déjà dans Immersion) dans L'ascenseur, et ça fait résonnance dans mes soubassements. Certes, des tas de livres ruissellent d'eau noire, des femmes se noient tous les jours dans les romans, mais là, c'est une intersection qui gratte et gagne la case souvenirs, peut-être parce que j'ai vu les noms de Volodine et Fleischer dans le même livre ? Laissez-moi réflechir...  Lionel Ruffel, oui, j'ai bien vu apparaître le nom d'Alain Fleischer dans son Volodine post-exotique (page 240 pour ceux qui me croiraient pas).
Et nous voilà déroutés vers les terres perdues qui satellisent, formant un vaste champ d'objets errants, notre mémoire floue, vagabondes auxquelles on refuse l'accès au temps présent, non qu'on veuille les oublier, bien au contraire, mais elles ne sont plus d'aujourd'hui, plus d'ici, ce sont comme de vieilles pierres de ruines classées dans nos émoluments hystériques, si j'y touche je perds la boule, le noir l'emporte et le rouge s'écoule. Suffit pourtant d'une petite décharge pour remettre en action un vieux rouage rouillé. L'effet est suffisant pour se voir contraint à fouiller dans les fichiers, mes sous-sols et greniers, malle à souvenirs labyrinthiques, fouiller à la recherche de LA page blanche d'autrefois, l'histoire abandonnée. Raphaël étant tout ce dont je ne voulais pas me séparer, une abstraction, une reconnaissance, la promesse qu'un jour j'y reviendrais à cet ami d'ailleurs, Raphaël, devenu l'homme sans nom que Sophia a remis sur les routes sous mes plus hautes instances. 
Mais j'avais oublié la femme qui se noyait dans l'eau noire.
Je croyais que c'était moi. A cause de Bruges (à cause de Rodenbach aussi), les canaux, l'attraction, l'autre côté, les histoires, les impasses, le jeu de l'obscur dans le hasard, la quête de quoi ? Je ne suis plus très certaine que quelqu'un se noyait dans mon histoire. Trop de pages s'envolaient. Ah pour ça, j'aime faire voler les pages. Poésie ou beauté (l'image du sac plastique volant au vent dans le film American beauty m'a fortement marquée), échappatoire ou bordélisme maniaque, voyez-y ce que vous voulez, j'aime aérer les pages, les mélanger, décomposer les histoires, les mettre en adéquation avec les artifices du temps, les troubles de l'espace invisible.. Raphaël rigole dans son coin : "Tu dis n'importe quoi". Ce n'était pas n'importe quoi à cette époque. Continuons. Lecture en diagonale donc, j'aimerais vous y voir, c'est plutôt effrayant de remettre une voix dans ses mots écrits en d'autres temps. Temps, écrire, souffle. On respire. Trop difficile de revenir sur les vieux mots rabougris - aimés - balancés contre les murs - aimés - semés à tout va dans la plus ingénue conscience que les arbres poussent à partir des livres - trop aimés mal aimés - tout juste sauvée je fus par l'effarante pensée que mon humble repère pouvait bientôt se transformer en paradis si je continuais sur une si défaillante lancée de. Bulle. Les yeux mi-ouverts, je les survole, je touille l'histoire, les souvenirs que j'en gardais implosent doucement, quelques mots me font le vieux coup de la séduction. Pris séparément je dis pas, c'est beau un mot, mais là, on est en pleine dissonance impromptue. Je retrouve l'amnésie déchirée de Raphaël, son oeil peint sur la toile, le bonheur des plis que je glissais partout, si c'est pas de l'amour, plis repassés aux mots, vaporisés au divin trouble des désaccords des temps. Finissons. je me la fais étoile filante sur le firmament de l'Apesanteur, une comète qui revient tous les cent ans. Je ne garde que toi mon sans nom, et tout le reste en toi, laissant flotter cette image en plan final du livre ouvert aux pages un peu moisies. C'est dire qu'elles ont vécu. Caresse au pélican. C'est dire. Repos.


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Il serait bon d'écrire quelques articles sur les livres que je viens de terminer, mais je préfère visiblement courir après les papillons. Je le ferai peut-être pour Nuit blanche en Balkhyrie, plus sûrement pour L'ascenseur. Pour Ruffel, je dois continuer mes relevés. Quant à Rodenbach. Quoi ? Vous n'avez pas encore lu Bruges-La-Morte ?
par vy publié dans : traces
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Dimanche 5 août 2007
par vy publié dans : traces
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Lundi 9 avril 2007
J'ai longtemps lu Christian Bobin, j'ai même dévoré ses livres, touchée par la délicatesse de son écriture, sa poésie lumineuse, la légèreté de sa grâce apaisante. L'arbre y tient une place essentielle : "L'arbre est devant la fenêtre du salon. Je l'interroge chaque matin : "quoi de neuf aujourd'hui ? La réponse vient sans tarder, donnée par des centaines de feuilles : "Tout.""    Un jour je suis arrivée au bout de ma lecture, j'ai continué mon chemin vers d'autres horizons littéraires, mais sans jamais oublier la présence de l'arbre de Bobin, auquel je pense souvent devant ma petite fenêtre citadine guère plus grande qu'un écran de 28'', cernée par le béton. Il y a bien un arbre, et j'apprécie son sommet feuillu qui dans la plénitude de son feuillage d'été dissimule plutôt bien le vis-à-vis avec le Centre des Impots qui fait face à mon immeuble. Mais cela n'était jamais l'arbre dont je rêvais... Avez-vous un arbre dans votre vie ? Mon premier arbre fut celui d'un conte de fées, un arbre noir qui ressemblait au loup qui dévorait un petit chaperon rouge. Et longtemps longtemps il resta dans ma mémoire. Nos arbres restent en nous à tout jamais. Et là, cet après-midi, dans l'oeil de mon nouvel objectif, je me suis un peu rapprochée de ce voisin de sève et de verdure, j'ai visité le labyrinthe branchu, et j'ai forcément repensé à Bobin, à ses mots que j'avais notés et précieusement conservés dans une sorte de boîte à trésors que j'ai cherché et rouverte pour retrouver ces mots :
"L'arbre est un livre ouvert [...] L'arbre devant la fenêtre prépare le printemps. Il médite dans le froid sur ce qu'il donnera bientôt. Dans quelques semaines il proposera au monde plus de lumière que tous les livres jamais écrits. Cette lumère passera et l'an prochain il en donnera une autre, encore. C'est le nom de son travail et le nom du travail des vivants tant qu'il leur reste une saison, un jour, un heure : donner, donner."
 
Les mots de Christian Bobin en italique rouge sont extraits de La présence pure (folio)


photo du 09 04 07 - l'arbre devant chez moi
par vy publié dans : traces
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Lundi 2 avril 2007
par vy publié dans : traces
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Jeudi 31 août 2006
C'était il y a quelques années, mon premier contact avec la forêt d'Eu. Emerveillée par l'endroit, j'aurais voulu tout ramener dans ma boîte à lumière, les lutins, la magie... Longtemps sous le charme sous lequel j'avais eu la grâce de tomber, j'ai rêvé, imaginé, voulu recomposer, creusé pour parvenir à toucher encore-toujours à ces territoires effleurés trop brièvement. Ainsi était née l'histoire du 'luth qui a fini par s'endormir pour des siècles, semble-t-il, dans la forêt des miroirs. Le temps a passé... C'est en fouillant dans mes fichiers que j'ai retrouvé "mes petits trésors". C'est toujours amusant ces retours en arrière, ça donne envie de tirer à soi les filets lancés hier, ne serait-ce que pour les bien ranger dans le labyrinthe de notre histoire, et ne jamais plus les perdre.


par vy publié dans : traces
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Vendredi 18 août 2006
Balade le long du Canal Saint-Martin, au soleil, sous la pluie... ce jour.
par vy publié dans : traces
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Lundi 7 août 2006
Cela commençait par une petite chiquenaude sur le côté de ton museau. Nous étions toi et moi, installés sur le lit. Le lieu, douillet, est sans doute d'importance. En tout cas, c'était notre ring, nous le savions toi et moi, tant nos combats y furent nombreux. Au début, une petite tape, juste énervante, qui donnait le signal. Tu levais la patte, prêt à répondre à la main menaçante. Echauffement. Ton oeil noircissait. Mais bientôt s'abattait l'autre main de l'autre côté. Lorsque ma main droite tapotait, et que tu regardais d'un oeil sérieux pour voir quand elle s'abattrait de nouveau, la gauche te prenait par surprise. De position assise, tu te mettais alors sur tes quatres pattes, les muscles déjà tendus. Le combat commençait. Un combat dans lequel je trichais, l'homme plus faible que l'animal, tu le savais bien, doit bien se résoudre à la ruse. Enervé, en position d'extrême tension, tu regardais les deux mains à la fois, la tête un peu penchée, le corps fixe, l'oeil aux aguets, orage dans la pupille, le coupable humain continuant son jeu jusqu'à froler le point de rupture. Alors tu baissais les oreilles, et l'oeil étirais davantage. Tu soufflais. Ce soupir... C'était comme si tu te vidais de quelques points limites. Là, je commençais à être moins fière, te connaissant, je savais ta puissance, je savais que tu pouvais facilement avoir le dessus, et je sentais monter en toi la féline colère, que seule retenait encore le statut de dominante que tu me reconnaissais. Mais pas trop n'en fallait. Nous le savions toi et moi. Je la sentais vibrer ta colère, je la voyais grandir, et je savais mes propres limites, et les tiennes. Le jeu sortant du jeu, les marges risquaient de devenir dangereuses. Alors, mon ami, je posais ma main sur le lit, devant toi, en signe d'abandon. Une seule main, là, t'accordant le dernier geste. Tu la regardais, et mettais ta patte dessus, ta fierté récupérée, petit mâle adoré. Puis j'essayais de la retirer, il fallait bien que je la retire, alors tu l'attrapais entre tes pattes de devant, et te laissais tomber sur elle, la mordillant, très fort, et la labourant de tes pattes arrières. Aucune griffe ne lacérant jamais aucune chair. Tu mordais, ah ça oui. Serrant de tes quenottes la main traitresse qui l'avait bien mérité. Tu soufflais, encore, te vidais de je ne sais quel trop plein d'énergie. Nous faisions la paix lentement, doucement, tendrement. Plus tard, nous nous regarderions avec des yeux si plein d'amour, dans une complicité qui n'appartenait qu'à nous.
J'avais oublié nos combats que ta vieillesse avait naturellement rendus impossibles les dernières années. Cette nuit leur souvenir m'est revenu... Je t'ai entendu souffler, j'ai vu dans la nuit tes oreilles se tendre, me suis rappelé nos jeux fous...
par vy publié dans : traces
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