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Mardi 5 juin 2007
                       "Aller à la rencontre de Germaine Tillion, c'est découvrir l'oeuvre et la pensée d'une grande figure humaniste du XXème siècle, une ethnologue, citoyenne engagée, qui sans faillir sut dire non et résister quand, devant elle, l'histoire dérapait : NON à Pétain lorsqu'elle est des premiers réseaux clandestins dès juin 1940, NON à l'entreprise de deshumanisation du camp nazi où elle est déportée en 1943 ; NON à la pauvreté des paysans algériens échoués dans les bidonvilles en 1954, NON à la torture et aux assassinats tandis que le sang coule dans toute l'Algérie." (*)
 
 
 
J'ai envie de présenter à ceux qui ne la connaissent pas une personne qui n'a eu de cesse de vouloir comprendre la nature humaine et le monde, avec comme mot d'ordre : la vérité. Germaine Tillion vient d'avoir cent ans, son parcours de vie est des plus denses. Après des missions ethnographiques dans les Aurès pour étudier les Berbères, elle revient en France en 1940 et entre en Résistance. Elle sera arrêtée et déportée à Ravensbrück. Libérée en 1945, elle effectue des recherches méticuleuses et fera un récit très argumenté et précis des conditions de vie dans le camp. Elle sera déléguée des déportées françaises au procès de Nuremberg, puis repartira en Algérie où elle constate la dégradation de la situation économique et sociale de la population musulmane, elle mettra en oeuvre des centres sociaux, dénoncera la torture, agira encore pour sauver des vies. Une vie partagée entre ethnologie, histoire et militantisme.

Germaine Tillion n'est pas de ces personnes qui cherchent les honneurs, on n'en parle donc pas beaucoup. J'ai dû la rencontrer une première fois dans un livre de Tzvetan Todorov (Mémoire du mal, tentation du bien). Aujourd'hui pour ses cent ans des magazines lui consacrent quelques articles, et puis il y a cette exposition (*) qui voyage, et une opérette, Le Verfügbar aux Enfers, écrite en déportation et qui vient d'être mise en scène au Théâtre du Chatelet (voir l'article de Télérama).

Je viens de lire un petit livre, Germaine Tillion, une ethnologue dans le siècle, composé de quelques photo prises par Germaine Tillion dans l'Aurès, et de deux textes, de Tzvetan Todorov et Christian Bromberger. J'y ai trouvé ces quelques mots de Germaine Tillion, tirés de ses livres Ravensbrück et A la recherche du vrai et du juste (deux livres que j'espère lire) :

"C'est une joie en soi [qui provient de ce que] comprendre est une profonde vocation de notre espèce, une des visées de son émergence dans l'échelle de la vie."
"C'est peut-être cela qu'on peut appeler exister. La vérité est la mesure de ce travail de compréhension, c'est aussi son horizon."
"Si l'ethnologie, qui est affaire de patience, d'écoute, de courtoisie et de temps, peut encore servir à quelque chose, c'est à apprendre à vivre ensemble."


A signaler une émission qui lui est consacrée sur France Culture à écouter ici
 

Trois de ses autres livres (biographiques) :
 
Il était une fois l'éthnographie
 
La traversée du mal (avec Jean Lacouture)
 
A la recherche du vrai et du juste (avec Tzvetan Todorov)
 

(*)Texte copié dans les couloirs du théâtre du Chatelet qui a hébergé du 24 mai au 5 juin (dernier jour aujourd'hui) l'exposition (organisée par Le Centre d'histoire de la résistance et de la déportation de Lyon) : "Résistance(s) : itinéraires et engagements de Germaine Tillion".)
par vy publié dans : substances
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Samedi 17 mars 2007
Maria Elena Vieira da Silva (née en 1908 au Portugal, morte à Paris en 1992) m'enchante. Sa vision de l'espace me fascine. En pénétrant ses tableaux labyrinthiques, une petite folie joyeuse m'anime comme si j'allais être mise face à des révélations sur quelques secrets concernant nos plus profonds mystères.

Je feuilletais un livre de René Char, et il se trouve que je tombe sur cette page intitulée Vieira da Silva, dont je vous copie un extrait :

"L'oeuvre de Vieira da Silva surgit et l'aiguillon d'une douce force obstinée, inspirée, replace ce qu'il faut bien nommer l'art, dans le monde solidaire de la terre qui coule et de l'homme qui s'en effraie. Vieira da Silva tient serré dans sa main, parmi tant de mains ballantes, sans lacis, sans besoin, sans fermeté, quelque chose qui est à la fois lumière d'un sol et promesse d'une graine. Son sens du labyrinthe, sa magie des arêtes, invitent aussi bien à un retour aux montagnes gardiennes qu'à un agrandissement en ordre de la ville, siège du pouvoir. Nous ne sommes plus, dans cette oeuvre, pliés et passifs, nous sommes aux prises avec notre propre mystère, notre rougeur obscure, notre avidité, produisant pour le lendemain ce que demain attend." René Char - 1960 (dans Recherche de la base et du sommet - Poésie/Gallimard)


Une page qui en dit et en montre plus, ici.
par vy publié dans : substances
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