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Lundi 24 septembre 2007

Dans la nuit sale et méfiante, Dondog, celui qui va mourir ? qui est en train de mourir ? qui est peut-être déjà mort ? porte en lui quatre noms. Il recherche ceux à qui ils appartiennent pour les tuer peut-être. Dondog cherche surtout à se souvenir. Et c'est dans ce lent et suffocant voyage dans sa mémoire éteinte que nous le suivons.

Qui est Dondog ? Ses souvenirs de l'enfance sont encore plus ou moins clairs, il est un Ybür qui a échappé à la seconde extermination, une blatte, un Untermensch qui a passé sa vie dans les camps. Dondog en sort pour se venger ou pour se souvenir. Avant de mourir, ranimer ce qui a été.

Que sont l'amour et la mort devenus ?  Dans ce monde ou toute frontière entre vie et mort devient indistincte, l'amour aussi prend une forme aberrante. On va dans l'épaisseur noire et pesante de l'enfer du monde détruit. Le monde mais aussi le temps, ce qu'il en reste, le temps à bout de souffle. J'ai rarement lu quelque chose de si déliquescent, on ne résiste pas à l'écriture de Volodine, pour sortir de cet enfer il faut aller jusqu'au bout, y abandonner nos réticences, accepter de traverser le monde devenu, accompagner Dondog dans sa quête.

Comme souvent dans les livres de Volodine l'espace et le temps se délitent, mais aussi le verbe qui perd l'essence de la conjugaison comme dans le monologue de Dondog. Le texte est "ânonné dans la langue estropiée et pauvre du souvenir."
"J'ai dire : "pas touche à Yoïsha ! Pas mon petit frère !" Tonny Bronx m'a cogner sur la poitrine, Schielko Bronx m'a tordre les doigts. Eliane Hotchkiss a regarder par la fenêtre. Eliane Hotchkiss a dire : "Dehors on voit les Ybürs couchés dans le sang, dehors ils crèvent les Ybürs, dehors dans la rue tout le monde crève les Ybürs !""

Dondog est le narrateur, il est je, il est il, tous les artifices sont utilisables pour que les souvenirs cèdent à l'oubli, litanie, chamanisme, l'être se contorsionne pour se faufiler à travers les résistances.

Roman où la recomposition affronte la décomposition, décomposition des corps (celle de la maîtresse, long texte presque interminable dans lequel Dondog n'en finit pas de faire disparaître celle qui lui infligea une torture inoubliable) et recomposition de l'âme, celle que nous traversons ici pour tenter de réhabiliter ce qui a été saccagé, livré au néant. Se souvenir pour se venger, venger les siens par le souvenir d'eux, de soi.

Les étonnantes dernières pages du livre nous plongent dans une matière incertaine, molle, vague, dominée par le sommeil. C'est comme dans un rêve... un cauchemar, enfin un état d'apesanteur à l'horreur omniprésente mais qui n'effraie plus vraiment.

Nous sortons du livre. Sort-on indemne de cette lecture ? Le voudrait-on ? A notre tour de mettre de l'ordre dans les souvenirs de Dondog, d'en constater les manques, ce qu'il n'a pas dit ou ce qu'on n'a pas entendu...

Magie de l'écriture de Volodine.


Dondog - Antoine Volodine (Points)
par vy publié dans : lectures
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