Songes de Mevlido - Antoine Volodine - *coup de coeur*

Publié le par vy

Quatrième de couverture : On a bientôt cinquante ans. Pendant la guerre de tous contre tous, la femme qu'on aime a été assassinée par des enfants-soldats. Les années passent, la folie rôde. On fait des rêves bizarres. On a parfois l'impression d'avoir été envoyé sur Terre en mission, et d'avoir failli sur toute la ligne. La guerre est finie, mais on appartient au camp des vaincus. Avec une simple d'esprit on vit à présent à Poulailler Quatre, un immense ghetto où cohabitent mendiantes bolcheviques, réfugiés, junkies, oiseaux monstrueux et mudangs, les chamanes coréennes qui chantent pour apaiser les morts. On pense à cette femme aimée qu'on a perdue. Il faudra voyager loin pour la retrouver. S'enfoncer dans les profondeurs de Poulailler Quatre et de ses propres rêves. Il faudra sans doute mourir à son tour pour pouvoir entendre le chant des mudangs et aller plus loin encore, jusqu'au Fouillis. On atteindra le Fouillis et on s'y fixera comme si on avait existé là depuis toujours. Mais ensuite, que se passera-t-il, ensuite ?
 
Si vous aimez Volodine et son univers "post-exotique", ce livre est grandiose. Je me suis régalée, surtout dans la deuxième moitié, le temps de retrouver mes marques, d'accepter de suivre Mevlido et de vivre à ses côtés. Parce que dans ce puzzle labyrinthique, il y a de quoi se trouver destabilisé, et c'est ce qui met le lecteur en apesanteur. Volodine malmène le temps, il le met à nu avec un savoir-faire agile, on ne sait plus ce qui se passe avant ou après, s'il s'agit d'un rêve ou de la réalité, le doute s'installe. Peu importe, c'est vertigineux et on se laisse emporter dans les sables mouvants de l'histoire. Ce livre est un cauchemar plein de grisaile, d'obscurité, de suie, de poussières, de slogans, de plumes, d'oiseaux-humains aussi bien magnifiques que répugnants, de peur, d'enfermement, on y traverse le monde des morts, la naissance, le mensonge, on se perd dans la narration, le narrateur prend chair, il est..., est-il ? On y "sombre fou", on rebondit, on y étouffe, c'est aussi une histoire d'amour, et si Mevlido est un éternel perdant résigné à son destin, il n'en est pas moins un homme et dans ce monde en ruine terminal où rien n'est plus fragile qu'un homme, on prend parti pour lui et sa volonté de croire à la vie. La beauté croise l'horreur et l'humour est loin d'être absent, le résultat est puissant.

Savez-vous ce qu'est le "faseyage narratif" ? Une spécialité du post-exotisme : "comme si le vent noir de la narration était, à ce moment-clé, incapable de trouver une direction satisfaisante, l'histoire se replie bizarrement, se ramasse, prête à rebondir encore une fois, et soudain elle tremble sur elle-même."

* Je vous renvoie à une interview d'Antoine Volodine à propos de ce dernier livre sur remue.net
* A écouter aussi, l'auteur invité aux Mardis littéraires.
* A signaler un petit dossier de quelques articles sur Volodine dans le dernier numéro d'Europe.

Songes de Mevlido **** - Antoine Volodine (Seuil)

Publié dans lectures

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a.w. 07/09/2007 11:19

Absolument, même constat.

a.w. 06/09/2007 21:40

Bonjour,Curieux, on a eu les mêmes lectures ces derniers temps... Volodine et Danielewski. J'ai écrit des notes sur chacun d'eux sur mon blog. Je ne connaissais pas le vôtre, que je prendrai le temps d'explorer.Bravo pour le travail graphique aussi, j'aime beaucoup.

vy 07/09/2007 09:38

Merci, et je retourne le compliment pour la qualité des articles de dernière marge> Danielewski et Volodine font partie de ces auteurs dont les livres semblent écrits pour moi. Ils me donnent des clés pour entrer dans mon propre univers.