Le voyage d'Eladio - Hubert Mingarelli

Publié le par vy

Je poursuis ma lecture d'Hubert Mingarelli. Avec Le voyage d'Eladio, je pense être arrivée au bout de son oeuvre romanesque qui existe à ce jour (mis à part les livres pour la jeunesse). J'ai retrouvé avec plaisir le même style dépouillé, la même justesse dans l'écriture et l'intimité avec le personnage.
Durant ce Voyage d'Eladio nous suivons un vieil homme dans un pays d'Amérique du sud, Eladio, qui court après une paire de bottes volées dans la maison de son voisin et employeur. Des guérilleros sont venus, ont échangé quelques mots avec Eladio mais ont pris les bottes d'Alvaro Cruz, ce que le vieil homme ne peut accepter. Assommant Eladio, les hommes sont repartis. Ainsi commence le livre.
Eladio se lance à leur poursuite croyant les rattraper rapidement. Il n'a pas vraiment d'animosité, et le peu qu'il pourrait ressentir fond au fil des heures de marche, car il comprend que le chef des voleurs a pris les bottes parce que ses propres chaussures n'avaient plus de semelle. Eladio qui aura ramassé ces chaussures abandonnées va les porter pour les rendre à son propriétaire en échange des bottes, il est même prêt à céder une de ses semelles.
La route est longue, la faim, la soif, le froid, la peur, la nuit viennent à sa rencontre dans une folle course à l'allure du marcheur de plus en plus fragile, une marche où se mêlent contradictions et hésitations. Pourtant Eladio continue car sa fierté est sa raison, elle est sa force. Il continue au-delà même du point de non retour.
Eladio discute beaucoup avec lui-même et avec la voix de son maître. Chaque chose rencontrée sur la route est propice à une réflexion simple, le décor est dépouillé par le regard du vieil homme et les objets nous deviennent presque palpables.
 
Il fait bon accompagner Eladio, on le traite de fou, on voudrait le soutenir, lui murmurer qu'il peut rebrousser chemin, qu'Alvaro Cruz ne lui en voudra pas, mais il n'entend qu'une voix... celle qui le mène.
 
"Il sentait les rayons du soleil passer à travers sa veste. Mon Dieu, ce que j'ai pu avoir froid, se dit-il, et il sanglota, ou plutôt son ventre se contracta, et tout le haut de son corps s'agita convulsivement. Arrête-toi, se dit-il, c'est fini, tu as plus froid. Ou alors pleure pour de bon. Mais non, se dit-il, je vais aller mieux maintenant, la nuit est derrière moi. Il y avait bien longtemps que j'avais plus dormi dehors, j'avais oublié comment c'était."
 
"Il s'éloigna vers la route. Il avait le soleil dans les yeux et il n'arrivait pas à savoir s'il avait faim. Si j'ai faim, je laisser tomber, décidat-t-il, je retourne à la maison. Oui, je crois que j'ai faim, se dit-il comme il atteignai la route. Non c'est pas vrai, tu as pas faim, Eladio, se dit-il, raconte pas d'histoires, tu as envie de retourner à la maison, voilà tout."
 
Le voyage d'Eladio *** - Hubert Mingarelli (Seuil)


Je vous rappelle mes deux autres articles sur les livres d'Hubert Mingarelli :

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