Cinq romans d'Hubert Mingarelli

Publié le par vy

Depuis que j'ai lu Marcher sur la rivière, je suis entrée dans la ronde des romans d'Hubert Mingarelli. Touchée, désireuse d'y retourner.
Pudiques, intimes, pleins de silence, les romans de Mingarelli vont à l'essentiel, tout comme l'écriture qui les compose très justement. Les personnages de Mingarelli sont des hommes simples qu'il fait bon accompagner, et écouter. Ces "petits" romans se dévorent et laissent des traces évidentes chez le lecteur.



 
La beauté des loutres (2002) - (POINTS)

Quatrième de couverture : Quelque part en hiver, dans l'Isère ou la Drôme, Horacio et son jeune aide, Vito, se lèvent un peu avant l'aube pour charger des moutons sur un camion à plate-forme, avant d'aller les livrer de l'autre côté de la montagne. Le voyage est long, il faut franchir un col avant la nuit. Pour dissimuler leur angoisse grandissante, les deux compagnons parlent des loutres qui sont si belles dans l'eau et si difficiles à entrevoir.
Un dialogue lourd de tensions et d'émotions retenues, et un périple sur les pistes enneigées au terme desquels Horacio et Vito ne seront plus tout à fait les mêmes...
 
Une rivière verte et silencieuse (1999) - (POINTS)
 
Un père et son fils habitent une modeste maison. Pauvres, ils gardent espoir et imaginent faire fortune en cultivant d'étranges rosiers. L'enfant vadrouille dans les hautes herbes dans lesquelles il s'est creusé un tunnel dont il se fait un refuge pour rêver à ce qu'il achèterait avec sa part de l'argent des rosiers... Et puis il y a les prières du soir, l'électricité coupée, les considérations d'un sur un père un peu paumé qui fait ce qu'il peut, raconte beaucoup d'histoires. Cet univers vu par les yeux tendres et naîfs de l'enfant tellement responsable.
"Les gens prétendaient que mon père était un raté. Ils omettaient de dire qu'il avait attrapé des truites bleues à la main."
 
Quatre soldats (2003) - prix médicis 2003 (POINTS)
 
quatrième de couverture : Voici un récit comme aurait pu en rêver Hemingway, où les circonstances comptent moins que le désarroi moral, les tâtonnements, les dialogues de ces quatre soldats en perdition, issus de l'Armée rouge, qui sortent d'une forêt où ils viennent de passer un hiver terrible, pendant l'année 1919.
Il y a la beauté des scènes muettes : réquisitions dans les villages, baignades dans un étang, embuscade. Il y a ce gamin, enrôlé volontaire, dont la présence irradie les quatre hommes car il est, semble-t-il, le seul à savoir écrire. Mais "le ciel est sans fin" et rien ne sera sauvé.

Mon préféré jusqu'à ce que je lise Hommes sans mère.
Les personnages : Pavel, à la forte présence mais qui rêve que Sifra l'égorge la nuit. Pavel se moque toujours de Kyabine. Kyabine, avec ses yeux de débiles, fort et naïf. Sifra, le gentil Sifra qui remonte avec dextérité un fusil les yeux bandés. Et le narrateur qui accompagne Pavel la nuit lorsque celui-ci se réveille effrayé par son cauchemar. A la bulle de ces quatre soldat vient se greffer le gosse Evdokim, engagé volontaire, qui semble pouvoir relater l'histoire de ces soldats dans un petit carnet.
 
extrait :
- Pavel !
- Quoi, Kyabine ?
Kyabine a pris sa respiration et il a murmuré :
- C'est ça, hein Pavel, on part ce soir ?
Bien sûr il l'avait entendu au camp comme nous, que nous partions ce soir, et je lui avais déjà redit juste après. Mais il avait besoin encore une fois de se l'entendre dire par l'un d'entre nous. Comme si venant de nous c'était soudain une moins mauvaise nouvelle. Pavel l'avait compris. Il lui a répondu d'une voix prévenante :
- Oui, voilà, on part ce soir.
Kyabine a alors regardé devant lui. Il a passé un moment à réfléchir. Il a ramassé une pierre entre ses jambes. Il avait encore envie de nous entendre, il a demandé, et sa voix tremblait :
- On continue comme avant, hein, on reste ensemble ?
 
La dernière neige (2000) - (POINTS)
 
quatrième de couverture : Une mère absente, un père malade et un fils livré à lui-même qui gagne un peu d'argent en accompagnant les personnes âgées, voilà la trame qui compose ce roman. Mais aussi une quantité de choses presque inracontables : un milan en cage mis en vente sur un trottoir, totem dont le jeune garçon imagine sans cesse la capture, une équipée dans les collines et la neige pour perdre une chienne qu'on n'ose pas tuer, des sensations de corps engourdi, des vêtements fumants près du poêle, des sanglots silencieux dans l'oreiller, des rêves d'enfant... Comme dans Une rivière verte et silencieuse, Hubert Mingarelli met ici en scène un père et un fils. Un fils qui, par son amour total, soutient et retient le père, lui rend sa dignité aussi.
 
Un livre qui m'a paru dur, intransigeant, mais justement senti, où les sentiments sont aussi feutrés et crissant que les pas dans la neige.
 
Hommes sans mère (2004) - (POINTS)
 
quatrième de couverture : Pendant que leur navire est au mouillage dans une baie, quelque part en Amérique centrale, deux marins, Homer et Olmann, s'éloignent à pied sur une longue route, à la recherche d'un bordel isolé dans les collines. On devine peu à peu qu'ils cherchent à échapper à cette promiscuité masculine, imprégnée d'un goût de sel et de gazole, qui constitue la seule vie possible sur un bateau. Mais bientôt, Homer va rencontrer Maria...
Après des romans qui se situaient dans des univers ruraux (Une rivière verte et silencieuse) ou historiques (Quatre Soldats, prix Médicis 2003), Hubert Mingarelli aborde pour la première fois les années qu'il a vécues à bord de navires de guerre, évoquant le thème universel des hommes livrés à eux-mêmes, sans mère.
 
Les personnages d'Homer et Maria sont tellement existants, là dans les pages, on les entend sûrement respirer entre leurs mots, les non-dits, leur besoin d'amour. Deux êtres que tout séparent à jamais, dont le rapprochement luit simplement comme un petit morceau de verre qui descend le courant de la rivière.
 
"Les deux hommes d'équipage marchaient l'un à côté de l'autre et parfois leurs épaules se touchaient, alors ils s'écartaient, et puis au bout d'un instant ils se rapprochaient, et de nouveau ils se touchaient."
Ce rapprochement, cet éloignement pudique, leitmotiv dans le roman.

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grain-de-sel 17/08/2007 18:23

 quatre soldats : Ce petit livre réserve au lecteur des surprises dans la conduite du récit, et, dans sa savante discrétion, il demeure un témoignage poignant du quotidien des humains embarqués dans la guerre.

BMR 10/08/2007 08:59

J'avais tourné autour de Marcher sur la rivière en librairie sans être vraiment convaincu par les extraits que j'avais pu lire.Je crois que je vais craquer pour les Quatre soldats ou bien encore pour les Hommes sans mère.Merci de cette critique "complète", c'est finalement assez "pratique" !

Flo 21/07/2007 19:27

Depuis que je veux lire cet écrivain ! Il serait temps que je m'y mette ...

vy 23/07/2007 12:38

Absolument. Et ses livres se lisant très vite, on peut toujours les caser dans un programme de lectures d'été :-)