Docteur Pasavento - Enrique Vila-Matas

Publié le par vy

«Disparaître, tel était le grand défi. Je ne devais pas oublier que j’avais toujours pensé qu’il faut essayer de devenir infiniment petit, sûrement la perfection même.»

Il m'a donné quelques égarements sur le milieu ce Docteur Pasavento, je n'avançais plus, et pourtant ce livre présente plus d’un intérêt, ne serait-ce que le mystère qui y plane. Je l’ai commencé alors que je lisais quelques livres de Robert Walser (écrivain dont il fut beaucoup question au début de l'année), et j’ai alors dévoré ses premières pages, enthousiasmée par les noms qu’on y croisait (Walser bien sûr, mais aussi Blanchot, Laurence Sterne, Lobo Antunès, Kafka et Pynchon par la suite... et l'énigme que représentait cette rue Vaneau à Paris qui ne serait pas sans conséquence sur les nouvelles du monde - «Ah, la rue Vaneau ! J’ignore si tout le monde sait que lorsqu’on reste très seul, là où pour les autres il n’y a rien, on découvre de plus en plus de choses partout.» -, la Syrie et le Liban, les otages, les écrivains de la rue, Gide, Green, et bien sûr Emmanuel Bové qui figure sur la couverture du livre), mais, est-ce le fait que le narrateur devienne de moins en moins présent dans sa volonté de disparaître ? que le récit se roule en boule dans un confinement un peu étouffant ? j’ai pris de plus en plus mon temps à le lire, je l'ai parfois oublié sous d’autres livres, sans vouloir toutefois l’abandonner, et enfin je l’ai terminé.

L'histoire : L'écrivain Pasavento décide de disparaître du monde. Il admire Robert Walser, l'auteur de L'institut Benjamenta qui finit sa vie terré dans un asile psychiatrique. Il se dit d'abord qu'on le recherchera, mais il faudra bien qu'il admette que personne ne pense à lui. Il cherchera donc à devenir un zéro absolu, change de nom, se dédouble, voyage, se fait passer pour un psy pour aller sur les traces de Walser, deviendra encore quelqu'un d'autre - "un ours baveux à l'intérieur de lui-même, une triple identité qui était un très lourd fardeau, une seule écriture" - , écrira lui-même des microgrammes comme son écrivain préféré.

Un extrait plus long : «Tout ce que je sais, c’est qu’écrire sur ce mystère qu’est le mystère de l’existence du monde me fascine, parce que j’adore l’aventure que représente tout texte qui se met en branle, parce que j’adore l’abîme, le mystère lui-même, et parce que j’adore, en plus, cette ligne d’ombre qui, franchie, mène en territoire inconnu, un espace dans lequel tout nous semble aussitôt très étrange, surtout quand nous nous apercevons que, comme si nous en étions restés au stade du langage enfantin, nous devons tout réapprendre, à la différence près qu’enfants, nous pouvions tout étudier et tout comprendre, tandis qu’à l’âge de la ligne d’ombre, nous nous apercevons que la forêt de nos doutes ne s’éclaircira jamais et que, en plus, nous n’allons désormais rencontrer qu’ombres, ténèbres et légion de questions.»

Un livre qui parle de Walser beaucoup, de l'écriture, multiplie (fragmente ?) le narrateur dans sa volonté de disparaître, et est un nid de références littéraires. On y voyage aussi pas mal, de la rue Vaneau à Barcelone, de la rue Vaneau à Séville, en passant par la Suisse (bien entendu), revenant à la rue Vaneau, pour finir à Lokunowo (?).


Docteur Pasavento - Enrique Vila-Matas (Christian Bourgois)



Publié dans lectures

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:0095: Maître Po 17/06/2007 10:49

Je ne lis plus beaucoup, sans doute ai-je trop lu quand j'étais jeune, mais je me pose une question en lisant ton article :Comment peut-on lire plusieurs livres en même temps ?N'est-ce pas comme si on voyait plusieurs films en même temps ? ;-)

vy 17/06/2007 13:35

Pour les essais cela ne posent aucun problème. Ils sont sujets d'étude et on peut s'intéresser à plusieurs choses à la fois.Pour les romans, la plupart du temps, je les lis tout de même sans les interrompre. Tout dépend, mais je reconnais que ce n'est pas conseillé de couper un roman par d'autres romans. Toutefois, il arrive que je ne sois plus en phase avec un livre sans que j'ai envie de l'abandonner, alors je le laisse en attente et j'y reviens quand le besoin s'en refait sentir. Aux retrouvailles, c'est comme si je revoyais un vieux copain :-)Ouvrir un livre c'est comme rendre visite à quelqu'un, il se peut que ce quelqu'un devienne un ami, d'autres ne seront que des copains, d'autres encore de simples rencontres.Un film a une durée, contrairement au livre (dont le nombre de pages n'impose rien). La liberté est plus restreinte dans la salle obscure. Si on quitte la salle, on quitte le film. Je n'entretiens pas de liens d'amitié avec un film, autre chose donc pour moi.Je crois que je n'aurais pas pu lire Les bienveillantes, si d'autres livres ne m'avaient distraite dans le même temps. Et c'est pourtant un bon livre.