Les Messagers - Annette Messager à Beaubourg

Publié le par vy

De la ballade de Pinocchio qui nous accueille dans le hall du Centre Pompidou (voir mon précédent article), où le petit pantin se prélasse en rêvant à un corps de chair, véhiculé sur un traversin à travers un champ d'autres traversins (pas loin de sept cents, parait-il) d'où émergent des formes noires menaçantes, jusqu'à la mer rouge sang - pièce centrale de l'exposition - corps de la baleine dans lequel le pantin se métamorphosera en être de chair, Annette Messager nous promène dans ses vastes oeuvres mouvantes et ses pièces plus intimes.


 
On entre dans l'exposition par La ballade des pendus (des guenilles de divers matériaux - peluches, laines, tissus... tournent inlassablement au-dessus de nos têtes), c'est ce qui reste de nous, nos rebuts. Annette Messager nous expliquait hier qu'elle avait investi cet espace supplémentaire, parce que de l'autre côté de la cloison vitrée sont posées les tentes des SDF qui étaient très présentes pendant qu'elle installait l'exposition. De même Le tapeur, sorte de boyau surmonté d'une touffe chevelue qui vient régulièrement frapper aux vitres intérieure et extérieure du musée, attirant l'attention autant des visiteurs que des passants.

            Les illustrations de cet article sont faites avec les moyens du bord, puisqu'il est interdit de prendre des photos dans les salles d'exposition, je me suis contentée du peu accessible (le hall, l'affiche, une vue de l'extérieur, et un scan de mon laissez-passer).







Certaines oeuvres sont imposantes, particulièrement les oeuvres animées récentes, comme Articulés-Désarticulés, un silence sonore et lumineux emplit la salle pour un étrange ballet de pantins-peluches colorés où formes humaines et animales tournent, montent et descendent, gesticulent, s'accrochent les unes aux autres, on entend juste le son incessant des rouages, le ballet désarticulant auquel s'ajoute celui des ombres sur les murs devient obsédant et presque hypnotique. Pour Gonflés-Dégonflés, des organes extérieurs, intérieurs, des virus, se gonflent et viennent se toucher, "en respirant".

La pièce maîtresse (pour moi en tout cas), c'est Casino, dont j'ai déjà parlé. Plongé dans la pénombre, un gigantesque voile rouge s'agite et déferle, se gonfle sous les effets d'un vent variant. Et puis soudain sous les flots s'illuminent des formes en gestation (j'ai cru voir des méduses... un trésor... le Pinocchio retrouvé... des cocons prêts à éclore...), le vent souffle de plus en plus fort, sommes-nous dans le corps de la baleine ? une horloge apparait, ses aiguilles tournent à l'envers comme un décompte avant la naissance (?). C'est fabuleux. Des gens s'assoient sur le sol devant les flots, se laissent emporter, la salle est comble.

Ce qui m'intéresse aussi chez Annette Messager, ce sont ses accrochages (j'aimerais m'en inspirer pour faire la déco chez moi), comme Mes voeux, conglomérat de quelques centaines de mini-cadres présentant des photographies (encore des morceaux de corps). A signaler encore deux pièces fermées auxquelles seul le regard voyeur a accès puisque l'intérieur n'est visible que par des fentes rectangulaires creusées dans les cloisons. Et puis les photos peintes, les mots répétés écrits de différentes couleurs par différentes personnes, qui montent vers des mains photographiées... Par contre, je trouve Les pensionnaires trop morbides.

Lorsque Annette Messager nous expliquait dans le hall les fondements de cette exposition et ses sympathies pour le petit Pinocchio, elle précisait aussi qu'elle ne donne pas d'explication aux visiteurs, que chacun y voit ce que son imagination en fait. Alors laissez-vous imaginer votre propre ballade...



Pour des renseignements complémentaires, c'est ici, on y trouve aussi une vidéo présentant quelques oeuvres de l'expo.
  
L'exposition est visible jusqu'au 17 septembre 2007. Je vous rappelle qu'il y a également en ce moment à Beaubourg deux autres expositions intéressantes : Airs de Paris (jusqu'au 15 août) et Samuel Beckett (jusqu'au 25 juin). Peit conseil : le billet d'entrée (10 euros) donne accès à toutes les expositions, il est judicieux de se donner le temps de conjuguer au moins deux visites le même jour.

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Et un petit plus, une vidéo, l'interview d'Annette Messager à la Biennale de Venise en 2005 qui nous explique son exposition Casino.

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:0095: Maître Po 10/06/2007 17:37

Je viens de voir le catalogue de l'expo à la librairie du Palais de Tokyo - endroit merveilleux que tu dois affectionner autant que moi - et j'ai quand même un peu de mal avec ses oeuvres ;-)

vy 10/06/2007 18:44

C'est vrai, j'aime le Palais de Tokyo et j'adore fouiller dans la librairie (mais j'aime aussi la librairie de Beaubourg où je passe pas mal de temps et dépense aussi pas mal de sous :-))Pour ce qui est des oeuvres d'Annette Messager, je n'aime pas tout, mais le livre a un inconvénient, ça ne gigote pas et la taille des oeuvres est limitée à une page de livre. Moi, je suis encore allé voir sa mer utérine à Beaubourg (ce n'est que la troisième fois), je ne m'en lasse pas :-)